Là où tout a commencé
Je viens de Jacmel. Une ville où l’art ne se visite pas,il se respire. Petite, je ne suis pas tombée dans la culture.J’y baignais.C'est une ville où les rues respirent la couleur et la musique,où les façades peintes éclatent sous le soleil et les ruelles racontent des histoires à chaque pas.Ici,l’art n’est pas seulement autour de nous,il coule dans nos veines,dans chaque chant,chaque danse, chaque création qui surgit de la vie quotidienne.À la maison,la création n’était pas un hobby :c’était une manière de respirer,de rêver,de vivre. Très tôt,l’écriture m’a choisie.Les mots sont devenus mes premiers compagnons.Puis la peinture abstraite m’a happée :les couleurs éclataient sous mes doigts comme les vagues sur la plage. Le papier mâché, spécialité jacmélienne,me fascinait : transformer des feuilles en sculpture,donner vie au vide,c’était magique.L’artisanat m’a ensuite appris la patience et la minutie. Et le théâtre est arrivé, avec ses histoires à jouer,ses émotions à incarne,ses voix à projeter.J’ai tout exploré,tout touché,tout essayé. À l’adolescence,je me suis laissée guider par la curiosité et la passion,expérimentant différentes formes d’art:peinture,papier mâché,artisanat,écriture,théâtre,tout en observant les artistes autour de moi. Beaucoup avaient le talent,peu avaient des chances.Les galeries et scènes se faisaient rares, les débouchés minimes.Je voyais ma mère chanter et dessiner,mon beau-père écrire.Je voyais le talent,mais je voyais aussi les limites. Et c’est dans ces limites que ma détermination s’est forgée.Je voulais que l’art de Jacmel dépasse nos murs et nos rues,qu’il traverse les océans et touche le monde. Un jour,sur la plage de Lakou New York,le sable chaud sous mes pieds,le bruit des vagues dans les oreilles, mon grand frère adoptif m’a dit:“Ton art peut changer le monde.” À quinze ans,cette phrase a été une étincelle.Dans ma tête d’adolescente, une idée a commencé à grandir :créer une structure capable de montrer l’art jacmélien au monde, de faire voyager nos couleurs, nos formes, nos mots et nos histoires.Quand je suis arrivée en France pour mes études, cette idée a continué à mûrir. Mon service civique au CAVACS France, une association qui accompagne les victimes de violences sexuelles et sexistes, m’a montré que l’art pouvait guérir, inspirer et transformer les vies.Que la créativité,qu'elle passe par l’écriture,la peinture,le papier mâché ou le théâtre pouvait être un pont entre les gens et un outil pour changer la société.C’est là que j’ai présenté mon projet devant le jury de Institut de l’Engagement.Être lauréate de la promotion printemps 2025 et bénéficier d’un accompagnement personnalisé d’un an pour structurer et lancer mon idée a été un tournant.Tout ce que j’avais vu,vécu et senti depuis Jacmel s’est mis en mouvement pour devenir concret. Chaque atelier familial, chaque chant, chaque sculpture, chaque scène jouée, chaque mot écrit a construit ce que je suis aujourd’hui. Et c’est ainsi que, de Jacmel aux rivages de l’international, mon histoire artistique a commencé, prête à se transformer en un projet vivant, vibrant, et capable de relier ma ville au monde.Ce projet n’est pas né d’une stratégie,mais d’une nécessité. La nécessité de créer des passerelles là où il n’y avait que des frontières invisibles. La nécessité de transformer le talent en opportunité. Et surtout,la nécessité de prouver que l’art de Jacmel n’est pas périphérique ;il est central.Et ce que j’ai vu enfant,ce que j’ai compris adolescente, e l’assume aujourd’hui:l’art est pas un levier de transformation sociale.C’est ainsi qu’est née la structure qui porte aujourd’hui cette vision. La structure porteuse du projet est une association déclarée,régie par la loi 1901 et enregistrée conformément au droit français.Le terme fondation utilisé dans son appellation relève d’un choix symbolique et conceptuel,en cohérence avec sa mission d’intérêt général et son ambition culturelle.Il ne correspond pas au statut juridique de fondation au sens du droit français. La gouvernance repose sur un fonctionnement collégial et transparent,conforme au cadre légal applicable aux associations Ayi-Bohio,cest créer des ponts là où l’on ne voyait que des distances.